
CHAPITRE 16 — POINT DE CARTE
Aljezur
T-shirts, blessures et résilience
« Même blessé, on peut encore transformer le manque en passage. »
Extrait du chapitre 16 — T-shirts, blessures et rebonds
Nous sommes arrivés près d’Aljezur épuisés, après une traversée d’Espagne qui avait vidé nos corps et nos réserves.
Dans une maison étrange, remplie de vélos rouillés et d’objets inutilisés, je me suis mis à démonter, nettoyer et réparer. J’apprenais la mécanique par nécessité, les mains noires de cambouis.
Puis nous avons découvert des boîtes de t-shirts neufs oubliés depuis des années. Nous y avons peint des vagues, des poissons et des soleils. Suspendus entre les figuiers, ils sont devenus des œuvres à vendre ou à troquer dans les commerces du village.
Mais mon corps a fini par céder : d’abord le pouce, puis le dos. Une douleur fulgurante m’a immobilisé, incapable de marcher correctement ou de jouer du piano.
Pendant plusieurs jours, je suis resté cloué au lit.
Puis, grâce aux soins, au repos et aux mains tendues, j’ai peu à peu retrouvé ma verticalité.
À Aljezur, la résilience n’a pas été un grand geste héroïque : elle fut l’art patient de réparer, de créer avec ce qui restait, puis de se remettre debout.