
CHAPITRE 1 — POINT DE CARTE
Cap-à-l’Aigle
Le saut dans le feu
« Premier matin. Un vélo tandem et une remorque.
Une quête d’âme à ciel ouvert. »
Extrait du chapitre 1 — Le pacte du pinceau
L’automne grignotait déjà les sommets de Charlevoix, peignant les vallées de rouge et d’or. Les feuilles crissaient sous nos pneus, l’odeur de bois et de froid s’infiltrait dans les vêtements.
Le 6 octobre, le ciel était dégagé, presque trop clair pour la saison. Il faisait à peine 4 °C.
Mais ce jour-là, tout brûlait en dedans.
Nous avions quitté notre petit appartement de l’Île d’Orléans quelques jours plus tôt. C’est depuis le quai de Cap-à-l’Aigle que nous avons réellement pris la route, le cœur battant et les sacoches débordantes.
J’avais vendu mon piano numérique, ma voiture, laissé mon poste de portier à l’hôtel Delta de Québec, et dit adieu à un confort qui me rendait malheureux.
Tout — vêtements, pinceaux, carnets, livres, nourriture, et même un harmonium indien centenaire — avait été entassé tant bien que mal dans une remorque BOB fixée à notre tandem.
On était beaucoup trop chargés.
Quelques amis nous ont salués avec émotion et humour en prenant les dernières photos du départ. On s’est serré fort, puis on a mis les pieds sur les pédales, sans trop savoir où nous allions dormir.
Le soleil descendait.
Les premières côtes vers Saint-Fidèle nous ont achevés.
Ce moment marque le véritable seuil du voyage : quitter le connu, porter trop, brûler quand même, et avancer.