
CHAPITRE 18 — POINT DE CARTE
Dieulefit
Foulure et accord en désaccord
« Je ne sentais plus mon pied,
mais mes mains savaient encore prier. »
Extrait du chapitre 18 — Routes d’altitude et douceurs d’en bas
À Dieulefit, nous avons troqué une peinture contre des vêtements devenus essentiels pour poursuivre la route.
Un concert d’orgue fut ensuite annoncé.
Mais le jour même, je me suis foulé la cheville dans un escalier.
J’ai rejoint l’église en boitant, inquiet devant le pédalier.
— Allez. On va danser quand même.
L’orgue était désaccordé et mon pied presque inutilisable. Pourtant, dès les premières notes, quelque chose s’est ouvert.
Mes mains ont pris le relais.
La douleur était là, mais aussi une joie immense, un élan libre, des couleurs de funk et les premières traces de ce qui deviendrait un jour Phoenix.
Le lendemain, je ne pouvais presque plus marcher.
Puis une femme m’a lancé froidement :
— On pensait avoir un vrai organiste.
Mais d’autres regards brillaient.
À Dieulefit, rien n’était parfaitement accordé — ni l’orgue, ni le corps, ni les attentes. Pourtant, au cœur du désaccord, une musique profondément vraie a trouvé son passage.