
CHAPITRE 8 — POINT DE CARTE
Gisborne
L’éléphant et le sanctuaire
« Entre la mer et la forêt,
nous avions recréé une jungle intérieure. »
Extrait du chapitre 8 — La bosse de la persévérance
Après plusieurs semaines de pérégrinations, nous avons trouvé refuge à Gisborne, petite ville posée sur la côte est de l’île du Nord.
John, un Canadien posé, et Joyce, une artiste du verre au regard océanique, nous ont ouvert leur maison.
Ils nous ont aussi proposé de réaliser une murale sur un grand mur extérieur.
Une commande libre. Immense.
Nous logions dans un petit chalet indépendant, calme et baigné de lumière. Chaque soir, nous partagions le repas avec nos hôtes. Les conversations s’étiraient longtemps, nourries de philosophie, d’expériences de vie et de silences bienvenus.
Le matin, parfois avant même que le soleil perce la brume, nous partions en quad jusqu’à la plage pour pêcher à marée basse.
Nous marchions pieds nus sur le sable encore tiède de la nuit, bercés par le roulis des vagues et le cri des oiseaux marins.
L’après-midi, nous peignions.
Nous avions choisi de représenter un éléphant majestueux, perdu dans une jungle luxuriante — une scène onirique rêvée dans la moiteur du Pacifique.
C’était notre plus grande murale depuis Perry.
Chaque coup de pinceau devenait une lente méditation.
Le vent salin. Les pieds dans l’herbe. Les enfants du quartier qui passaient voir l’évolution. Les sourires timides. Le thé offert à la main.
Le temps avait cessé de presser.
L’éléphant est devenu un totem.
Il incarnait pour nous la mémoire, la force tranquille et cet équilibre fragile entre puissance et douceur.
Dans cette île lointaine, entre plage et forêt, entre deux existences, nous avions recréé une jungle intérieure.
Un abri symbolique.
À Gisborne, nous n’avions pas seulement peint un éléphant sur un mur : nous avions donné une forme visible au sanctuaire que l’hospitalité de John et Joyce avait ouvert en nous.