
CHAPITRE 11 — POINT DE CARTE
Hennebont
Cèpes et contrepoint
« Entre la terre humide et les tuyaux anciens,
quelque chose en moi s’est enraciné. »
Extrait du chapitre 11 — Cèpes et contrepoint
C’est près d’Hennebont, dans une petite maison bretonne bordée de forêts humides, que nous avons atterri.
L’Atlantique avait déjà un autre goût.
Mais rapidement, l’appel de la musique m’a repris. Je cherchais un orgue, un lieu où respirer entre les tuyaux.
C’est ainsi que j’ai rencontré le prêtre Maël, un personnage sorti d’un autre monde : silhouette élancée, cheveux bouclés, voix singulière et chandail couvert d’oiseaux tropicaux.
Sans poser de questions, il m’a tendu les clés de l’orgue.
— Tu joues quand tu veux, mon fils. Je t’ai reconnu.
L’instrument était ancien, classé monument historique. Certains de ses tuyaux remontaient au Moyen Âge.
Il avait une âme.
J’y ai passé des heures, seul dans l’église vide, à chercher la lumière dans les silences.
Le père Maël nous a ensuite présentés aux frères d’une petite communauté installée sur un vaste domaine. Ils nous ont permis de planter notre tente dans leur jardin, près d’un vieux mur de pierre.
Chaque matin avait la lenteur d’un monastère et le parfum de la terre mouillée.
Nous aidions à entretenir le domaine, tondions, désherbions et partions cueillir les cèpes en forêt comme des trésors cachés entre la mousse et l’humus.
Le soir, je retournais seul à la basilique.
Je préparais un concert sur cet orgue vénérable, cherchant des équilibres, des respirations, des élans. Les contrepoints résonnaient comme un dialogue secret entre le passé et le présent.
Le jour du concert, près de trois cents personnes remplirent les bancs.
Le trac me prenait à la gorge.
Puis les premières notes ont retenti.
Quelque chose s’est aligné.
Mes mains semblaient guidées par un fil plus grand que moi. La nef vibrait d’une ferveur muette. Les frères étaient assis au premier rang, discrets et rayonnants.
À la sortie, les mains se tendaient et les regards remerciaient.
Ce soir-là, après avoir refermé la porte de la basilique, j’ai marché seul sous les étoiles.
Quelque chose en moi s’était enfin enraciné.
À Hennebont, les cèpes, les pierres anciennes et les voix de l’orgue avaient composé le même contrepoint : celui de la terre, de l’hospitalité et d’une confiance retrouvée.