
CHAPITRE 2 — POINT DE CARTE
Latimore
Feu de faisan et loi divine
« Une carcasse sur l’asphalte, un feu, un policier.
L’Amérique dans sa splendeur décalée. »
Extrait du chapitre 2 — Le poids de l’Amérique
Nous étions quelque part dans la campagne de la Pennsylvanie, à l’automne. Les feuilles mortes craquaient sous nos pneus, et le froid s’installait pour de bon.
Ce soir-là, on a repéré un petit terrain de camping municipal fermé pour la saison. Pas de barrière, pas de gardien. Un écriteau fané disait : Closed for the year.
Parfait. Ce serait notre abri.
J’étais en train de préparer un feu, accroupi sur un lit de feuilles, un faisan raide entre les mains. Oui, un vrai road kill, trouvé un peu plus tôt sur le bord de la route.
Quelques minutes plus tard, une voiture de patrouille est arrivée sur le terrain. Un policier en est sorti, boots, accent yankee et chapeau de cowboy vissé sur le crâne.
Il m’a braqué sa lampe torche droit dans les yeux :
— You can’t be here. It’s illegal.
Puis il a pointé l’animal sur le sol :
— What is that?
— A pheasant.
— A road kill?
— Yes.
Il a cligné des yeux, puis s’est redressé.
— GOD BLESS YOU.
Il a demandé nos papiers. Évidemment, impossible de retrouver nos passeports. Mon cœur cognait fort.
Finalement, il nous a laissés rester. Juste pour la nuit.
Le lendemain matin, une voiture est revenue. C’était lui. Toujours avec son chapeau.
Il est descendu, a souri franchement et nous a lancé :
— Safe travels. Take care now.
Entre un faisan mort, une pancarte mal interprétée et un shérif de campagne au cœur tendre, il y avait juste assez d’humanité pour que tout bascule du bon côté.