
CHAPITRE 7 — POINT DE CARTE
Melbourne
Chaleur et contrepoint
« La ville vibrait comme une galerie à ciel ouvert,
et l’orgue répondait au silence du continent. »
Extrait du chapitre 7 — Chaleur rouge et orgue sacré
L’atterrissage en Australie fut brutal.
Après la moiteur spirituelle de la Thaïlande, le pays-continent nous frappa par son immensité, ses prix exorbitants et son horizon sans fin.
Tout était vaste, aride, onéreux.
À Melbourne, nous avons pourtant trouvé un espace fixe, rare, presque luxueux : l’appartement d’une amie partie en voyage. Pendant près d’un mois, nous avons pu souffler, explorer la ville et créer sans pression.
J’ai été subjugué par les murales.
Elles étaient partout : dans les ruelles, sur les façades oubliées, sur les murs traversés de couleurs. Des fresques inspirées par la culture aborigène, la nature, les oiseaux et le vent.
La ville entière vibrait comme une galerie à ciel ouvert.
Un jour, nous avons découvert un parc sonore où des carillons monumentaux formaient un orchestre permanent. Des compositeurs avaient écrit pour ces cloches tubulaires dispersées entre les arbres.
Nous marchions, et la musique nous entourait.
Elle traversait le paysage.
Elle nous traversait aussi.
Puis j’ai eu accès à l’orgue Fincham and Sons de la cathédrale St-Patrick.
Un instrument monumental et inspirant.
Je passais des heures à improviser seul, dans la fraîcheur de la nef gothique. Après la chaleur rouge des routes, l’immensité du bush et les cris étranges des oiseaux, l’orgue ouvrait un espace intérieur.
C’était une respiration sacrée.
Un retour vers quelque chose d’ancien, de profond, qui n’avait jamais cessé de vibrer.
Entre les murales, les carillons et les tuyaux de St-Patrick, Melbourne nous rappela qu’un territoire peut devenir musique — et que l’écoute est parfois une autre manière de voyager.