
CHAPITRE 12 — POINT DE CARTE
Plymouth
Églises, vélos et racines
« Quand les cadres se refermaient,
il restait la route — et la liberté d’improviser. »
Extrait du chapitre 12 — Vélos neufs et accords d’orgue
Nous avons quitté la Bretagne dans un grand souffle salin, glissant sur les eaux de la Manche jusqu’à Plymouth. À notre arrivée, nous n’avions aucune destination précise. Alors, comme souvent, nous avons levé les yeux à la recherche des clochers.
Les premiers jours furent incertains. Quelques portes se sont ouvertes, d’autres se sont refermées. Nous avons dormi chez des inconnus, puis sous la tente, derrière une maison inoccupée, traînant encore nos valises dans l’inconnu.
Puis nous avons poussé la porte d’un petit atelier de vélos. Le propriétaire a écouté notre histoire et nous a proposé un troc audacieux :
— I’ll give you two bikes in excellent condition, in exchange for a mural.
Nous avons peint côte à côte une fresque représentant deux cyclistes réunis dans un grand hexagone vert : l’un traversant la ville, l’autre lancé dans une descente entre les arbres. En retour, deux vélos solides nous ont été remis.
Ce troc a tout changé. Nous pouvions enfin quitter le cœur de Plymouth, rejoindre la campagne et reprendre notre autonomie. Ces vélos allaient devenir nos compagnons à travers toute l’Europe.
De mon côté, je frappais à la porte des églises, cherchant un orgue et une occasion de jouer. Deux d’entre elles finirent par accepter. Lors du second concert, je voulais commencer avec Bach, mais mes mains tremblaient et je me suis embrouillé.
Puis j’ai aperçu Élise dans l’assistance.
Un simple clin d’œil.
Alors je me suis arrêté. Et j’ai improvisé.
Là, j’étais chez moi — dans mon souffle, dans ma vérité. Les notes jaillissaient, libres, imprévisibles, pleines de sel et de mémoire.
À Plymouth, nous avons retrouvé deux chemins essentiels : des vélos assez solides pour poursuivre la route, et la certitude que lorsque les partitions se dérobent, l’improvisation peut encore nous ramener à nous-mêmes.