
CHAPITRE 19 — POINT DE CARTE
Toscane
Rencontre au cimetière
« Nous redoutions d’être chassés.
On nous a plutôt offert du bois pour la nuit. »
Extrait du chapitre 19 — Lignes de fuite
Le soir tombait sur la campagne italienne et nous cherchions encore un endroit discret où dormir.
Derrière un cimetière, nous avons trouvé quelques planches, un peu d’espace et de quoi allumer un feu.
Nous venions à peine de monter la tente lorsqu’un homme est arrivé, furieux. Il criait, gesticulait, puis a appelé les carabinieri.
Nous avons attendu, le cœur battant, persuadés que nous allions être expulsés ou recevoir une amende.
Les policiers ont demandé nos passeports.
Nous les avons tendus avec appréhension.
Puis l’un d’eux a aperçu notre nationalité.
— Canada? Il mio sogno!
Son visage s’est illuminé.
La tension s’est dissoute dans les sourires et les accolades. Ils nous ont permis de rester, nous ont souhaité bonne nuit et ont même proposé de nous apporter du bois.
Cette nuit-là, près du feu tremblant et des pierres silencieuses du cimetière, l’exil avait soudain quelque chose d’étrangement familier.
Derrière ce cimetière toscan, nous avons découvert qu’une rencontre peut changer de visage en quelques secondes — et qu’au bord de l’inquiétude se cache parfois une hospitalité profondément vivante.